samedi 25 avril 2009

L’installation est un terme nouveau qui rejette la concentration sur un objet exclusif pour mieux considérer les relations entre plusieurs éléments ou entre chose et contexte. Dans le début des années 1960, l’installation ne désignait rien d’autre que la manière dont une exposition aurait été accrochée. Brian O’Doherty commente le fait qu’aujourd'hui nous sommes devenus plus attentifs à l’espace. Pour lui cela est dû à deux principaux développement picturaux du XXème siècle : l’exploration du plan bidimensionnel du tableau et l’élaboration technique du collage. En effet le collage est en interaction avec l’espace réel de la galerie parce qu'il emprunte des matériaux issus du monde environnent. En 1960, à l’exposition Monet au musée d’art moderne de New York, le commissaire d’exposition demanda d’enlever les cadres des tableaux pour les encastrer dans les cimaises, le tableau et le support ne forme plus qu’un plan.
O Doherty rajoute « le contexte devient contenu ».
L’espace de la galerie prend un tout autre sens, L'art, en effet, ne peut se suffire à
lui-même qu'une fois isolé des sphères politiques et sociales. Or la galerie moderne, considérée comme un espace neutre - "White Cube" -, place l’œuvre en dehors de toute réalité sociale ou politique.,
Des artistes ont su jouer avec ces contraintes tandis que d’autres ont préférés « fuir » la galerie.

Yves Klein avec son exposition « le vide » en 1958 nous montre la galerie tel qu’elle est, cette exposition peut à elle-seule illustrer le terme White Cube. Le public était invité à ressentir l’espace.
Manzoni avec souffle d’artiste contribue lui aussi à un changement dans notre acceptation ce que constituait l’objet d’art.
Avec le minimalisme et l’art conceptuel, il y a une « dématérialisation de l’objet d’art » (Lucy Lippard).
La galerie cesse son activité conventionnelle d’exposition d’objet pour devenir un « lieu où l’on fait l’expérience de l’expérience ».
Allan Kapprow envahit l’espace de la galerie avec des œuvres, des œuvres en cours et autres matériaux mais son insatisfaction devant les limites imposés par la galerie le pousse à travailler en extérieur. Apparaît le happening,
Un happening est une performance (représentation). Une traduction possible en français serait une intervention artistique.
Le happening se distingue de la simple performance par son caractère spontané et le fait qu'il exige la participation active du public. Ainsi, pour Allan Kapprow :
« Structurellement et philosophiquement, c’est la même chose » mais « la performance est en réalité un évènement artistique, et il se produit devant un public » contrairement au happening qui lui n'a « pas de public. Seulement des intervenants » et qui ne comporte « pas de références à la culture artistique. Pas de références à la musique, au théâtre, à la littérature. »


Suit Oldenbourg et son installation Store, Jin Dine avec car Wash, et Christo et ses emballages de monuments dès 1958. Le groupe Fluxus s’approprie ce mouvement, leur but ultime est de supprimer toutes frontières entre Art et Vie. En intégrant le public à la performance artistique, les artistes Fluxus veulent supprimer l'idée d'un art qui se donne à voir et mettent plutôt en avant l'idée d'un art qui s'expérimente, se vit.


L’adoption généralisée de l’installation l’a rendu conventionnelle.
Les artistes du land art veulent quitter les musées et les galeries avec leurs tickets d'entrée et heures d'ouverture afin de véritablement « sortir des sentiers battus ». L'œuvre doit être non plus une valeur marchande vouée à une élite mais une véritable expérience liée au monde réel. Robert Smithson a cristallisé le concept de site/ non site. En effet, il intervient dans la nature, dans lieu/ emplacement particulier qu’il nomme site. Et conscient qu’il faut garder des traces, il réexpose sous forme de photos ses interventions dans l’espace de la galerie qu’il nomme non site.


Le travail de Gordon Mata Clark est aussi très intéressant par son éloignement de la galerie. Contrairement au land Art, il se centre sur l’expérience de la vie urbaine. Son travail est une critique, en présentant des "trous", il soumet le spectacle d’une démolition. Il considère les actes dans la ville comme des intrusions publiques ou des "coupes" dans l’uniformité du tissu de la ville. L’idée est de mettre un terme au conditionnement des masses urbaines qui, libérées, peuvent exprimer certaines réalités refoulées.


Matta Clark voit ses découpes comme « des sondes qui révélaient des domaines... cachés (dévoilant des informations dissimulées par la société) et pénétraient en profondeur... pour créer des répercussions sur tout ce qu’elles pouvaient influencer... » .




Les façades de SITE et « les arrêts d’autobus » de Dennis Adams, les constructions de Tasashi Kawamata évoquent de manière ambivalente des processus simultanés d’évolution et de détériorisation. Charles Simonds construit dans les fissures des bâtiment des ruines miniatures qui sont elles aussi livré a elles mêmes, ils les surnomment les « littles peoples ».

Claude Levêque

Claude Lévêque est né en 1953 à Nevers, Il vit et travaille à Montreuil. En 1977, il sort des beaux arts de Bourges avec un diplôme de peinture. En 1982, il participe à la 12e biennale de Paris, en 1984 la galerie Eric Fabre lui consacre sa première exposition personnelle. Il expose régulièrement aussi bien en Europe qu'en Amérique ou en Asie. En France, il est d’abord représenté par la galerie Yvon Lambert et maintenant par la galerie Kamel Mennour. Parmi ses expositions personnelles on peut citer en 2001, Le meilleur des mondes à la Passerelle de Brest, Let's Dance à la fondation Miro de Barcelone, ou Reconstruire la fenêtre à la Rice gallery de Tokyo. Il participe à des biennales d'envergure comme celle de Lyon (Valstar barbie, 2003) ou de La Havane (2003), à des expositions au Guggenheim (New York, 1998), au Centre Pompidou à Paris (Au delà du spectacle, 2000, Paris, “Le mouvement des images”, 2006), au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris (Le monde dans la tête, 2000), au mac de Lyon (2007, Lyon, «The Freak Show ») au Kunsthalle (Zürich, 2001), et au Mamco (Ornicar !, Genève, 2003).


Dans ses débuts il a travaillé sur l'objet, il a mis en situation des objets de la vie de tout les jours, des sortes de "ready mades". Il prend des objets de la vie de tout les jours, des objets qu'on ne regarde plus, et les expose comme des oeuvres d'art. Des bols de cantine, des cuillères, des meubles en bois, un metronome, objets qui font référence à des moments de son enfance. La mise en lumière de ces objets fonctionne comme une activation de souvenirs effacés, d’émotions oubliées. Reference à Boltanski avec les thèmes de la mémoire, l’identité, de l’anonymat, de l’absence, du temps et de la mort.


Puis il a eu sa phase néon à partir de 1983, comme beaucoup d'artistes.
Ils récupèrent des phrases qu’il a pu lire sur les murs, taggé. Il les fait écrire par sa mère (ca donne une écriture fragile) et en impliquant quelqu’un de proche, et lie son œuvre a son vécu. Il détourne l’utilisation du néon, habituellement utilisé dans la publicité, comme enseigne lumineuse pour donner à voir ces expressions du quotidien.
L’utilisation du néon, symbole de l’aseptisation de notre société, mêlée à des expressions graves crée un décalage entre les moyens utilisés et les messages transmis. les chocs destinées à interpeller le public. Elles dévoilent un certain mal-être : « Je suis une merde », « Pourquoi vivre ? » ou « Vous allez tous mourir ».
Les phrases de l’artiste dévoilent ce que cachent les slogans publicitaires qui diffusent des messages positifs. Ils dévoilent le fossé entre ce qui est donné à voir : un univers de bonheur attractif et distractif et ce qui est vécu au quotidien : souffrance et violence du monde.

Analyse d'une oeuvre
L’œuvre de Mickey : Il la fait apres avoir entendu son grd père ( survivant des camps d’auswicht) parler de son calvaire.
L’installation murale juxtapose une figure de Mickey en tube de néon blanc dessinée par
la main tremblante d’un enfant, à l’écriture, en métal rouillé, « ARBEIT MACHT FREI » ( le travail rend libre) qui était présente à l’entrée du camp d’Auschwitz. Cette œuvre volontairement agressive et provocante vise à interpeller le visiteur et le mettre en garde contre une société de l’aliénation :
Confronter deux symboles contradictoires, celui du monde du loisir et celui de la barbarie la plus extrême est une stratégie pour déclencher un choc visuel chez le spectateur et ainsi l’amener à réagir. Le plasticien
souhaite montrer les travers du divertissement qui est, selon lui, un leurre dangereux puisqu’il dissout le réel dans l’irréalité et l’irréalité dans le réel, brouillant les frontières entre le mythe et l’historique, le fictif et le tangible, l’anecdote et l’événement .


Ensuite Claude Levêque s'est intéressé aux environnements, aux ambiances. Il a laissé de coté l'objet pour s'interesser à l'espace. Des espaces où ils jouent avec la lumière, le son.
Il a mis en scène "des fins de fêtes", installations où l'on peut voir les "déchets" d'une fête terminée, où l'on a été mis à l'ecart et on l'on ne peux que imaginer ce qu'il s'est passé.